Risques climatiques : regards croisés entre élus et citoyens

À l’approche des municipales de mars 2026, une étude Macif, Fondation Jean-Jaurès et Ipsos-BVA met en évidence une forte exposition de la population aux aléas climatiques et un décalage de perception avec les élus.

Une récente étude, réalisée par Ipsos-BVA pour la Macif et la Fondation Jean-Jaurès, croise les regards des Français et des décideurs locaux face aux risques climatiques. Si 73 % des Français déclarent avoir subi à plusieurs reprises des conséquences liées au climat, moins de la moitié (42 %) citent ce risque parmi les plus redoutés, derrière l’économique (47 %). À l’inverse, 74 % des décideurs placent le climat en tête, parlant de risques « incontournables ».

Les français déclarent avoir surtout subi les chaleurs extrêmes (60 %), la sécheresse (44 %) et les tempêtes violentes (34 %). Les habitants du Sud-Est sont davantage touchés (79 %). Le facteur social pèse : les CSP– déclarent plus souvent des effets négatifs que les CSP+, avec un écart de 11 points. Côté santé, 27 % des personnes régulièrement exposées évoquent un impact défavorable, physique ou mental, et 44 % constatent une baisse du confort de vie.

Les événements sont perçus selon trois registres : soudains et traumatisants (inondations, coulées de boue…), récurrents (canicules, sécheresses, débordements de rivières…), et progressifs et structurels. Pour le politologue Antoine Bristelle, « si les catastrophes naturelles de forte intensité renforcent la perception des risques environnementaux, celles de moyenne intensité sont de nature à produire une forme d’habitude qui ne se traduit pas par une augmentation de la perception des risques. D’où, pour Émilie Agnoux un “hiatus entre le temps des décideurs, en charge du temps long, qui s’envisage au-delà de la durée d’un mandat municipal, et celui des citoyens, qui se vit parfois au jour le jour, joue mécaniquement sur la perception du risque et son degré de priorisation” ».

Le niveau d’information diverge également : 92 % des élus se disent bien informés (12 % très bien) contre 62 % des Français (7 % très bien). La mémoire des crises apparaît décisive. Comme le souligne Lennie Stern dans l’étude :« l’expérience du risque ne se mesure pas à l’exposition, mais aux conséquences. C’est quand l’aléa laisse une trace concrète dans les vies qu’il devient véritablement conscientisé, et qu’il s’inscrit dans la mémoire ». Elle ajoute : « la mémoire du risque n’est pas un souvenir : c’est une compétence démocratique ». Les petites collectivités restent toutefois contraintes par leurs moyens d’organisation.

Ces impacts nourrissent des adaptations concrètes : 37 % des répondants disent avoir modifié leurs habitudes de consommation, 21 % ont entrepris des travaux dans leur logement et 19 % mènent des démarches de prévention auprès de leurs proches. À l’échelle locale, 52 % des maires envisagent d’inscrire la prévention des risques climatiques dans leur programme pour 2026, signe d’attentes croissantes en matière d’infrastructures, d’information et de relation client public-citoyens.

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