Santé mentale : les Français toujours plus inquiets

Malgré la désignation de la santé mentale comme “Grande Cause Nationale 2025”, l’inquiétude des Français ne faiblit pas : plus des trois quarts d’entre eux s’inquiètent pour le bien-être psychologique de la population, et 63 % jugent la prise en charge encore insuffisante.

En 2025, la santé mentale bénéficie d’une reconnaissance institutionnelle inédite, portée au rang de Grande Cause Nationale. Pourtant, cette mise en lumière semble avoir eu un impact limité sur la perception et la gestion du sujet en France. Selon le baromètre de la Fondation AÉSIO mené avec l’Institut français d’opinion publique (IFOP), 43 % des Français estiment que cette reconnaissance n’a eu aucune influence significative sur la manière dont la santé mentale est abordée dans le pays.

La préoccupation reste pourtant majeure : 77 % des Français se disent inquiets pour le bien-être mental de la population, soit une hausse de 12 points depuis 2021. L’inquiétude est encore plus forte lorsqu’il s’agit des jeunes générations, avec 82 % des sondés exprimant leur préoccupation pour la santé psychique des moins de 35 ans.

Pour Marie-Françoise Barabas, présidente de la Fondation AÉSIO, cette désignation ne doit pas marquer une fin mais bien un début :

« La Grande Cause Nationale ne peut être une finalité. Elle doit ouvrir la voie à un mouvement durable pour la sensibilisation et l’amélioration de la prise en charge. »

Une perception alarmante de la santé psychologique en France

Les résultats de cette 5ᵉ édition révèlent un niveau de moral en baisse : plus d’un Français sur cinq décrit aujourd’hui son état de santé mentale comme moyen ou mauvais, tandis que seuls 39 % s’estiment en “très bon” ou “excellent” état psychique, contre 43 % en 2024.

Par ailleurs, 63 % des personnes interrogées considèrent que la santé mentale est mal prise en charge par le système de soins, une hausse continue depuis 2021. Cette tendance traduit un décalage croissant entre la reconnaissance politique du sujet et la réalité vécue sur le terrain.

Dans ce contexte, 77 % des Français jugent que la santé mentale devrait être une priorité de santé publique, à l’image de la prévention des maladies chroniques. Ces attentes croissantes soulignent la nécessité d’un renforcement du parcours de soins et d’une meilleure articulation entre les acteurs du système de santé, y compris les assureurs et mutuelles engagés dans la prévention.

Un écart générationnel de plus en plus marqué

L’étude met également en lumière un clivage générationnel profond. Les jeunes adultes apparaissent comme les plus fragiles psychologiquement : 28 % des moins de 35 ans déclarent un état de santé mentale moyen ou mauvais, contre seulement 15 % des 65 ans et plus.

De plus, 63 % des jeunes affirment avoir traversé des épisodes de souffrance psychique au cours des douze derniers mois, contre 55 % pour l’ensemble de la population. Ces chiffres confirment la tendance observée depuis la pandémie : une vulnérabilité croissante des jeunes face aux pressions économiques, professionnelles et sociales.

La Fondation AÉSIO insiste sur la nécessité d’un accompagnement renforcé pour ces publics fragiles. Elle soutient à ce titre plusieurs initiatives locales et associatives visant à libérer la parole, favoriser le dépistage précoce et rendre l’accès aux soins psychologiques plus équitable.

L’actualité comme catalyseur du mal-être collectif

Le baromètre souligne également l’influence du contexte socio-économique et géopolitique sur l’état psychologique des Français. Huit personnes sur dix estiment que l’actualité a un impact négatif sur leur bien-être mental, soit une hausse de 20 points en quatre ans.

L’instabilité politique, les tensions économiques et les crises internationales alimentent un climat d’anxiété généralisé, qui transcende les âges et les catégories socioprofessionnelles. Dans ce contexte, la prévention des risques psychosociaux (RPS) et la promotion de la qualité de vie au travail (QVT) deviennent des priorités partagées par les entreprises, les mutuelles et les institutions publiques.

Des freins persistants à la prise en charge psychologique

Malgré la montée de l’inquiétude collective, la consultation de professionnels de santé mentale reste minoritaire. Parmi les personnes ayant souffert psychologiquement au cours des douze derniers mois, seules 28 % ont consulté un psychologue, un psychiatre ou une structure spécialisée.

Les principaux freins évoqués sont multiples : le sentiment de ne pas en avoir besoin (50 %), le manque de moyens financiers (29 %), l’appréhension (21 %) et le manque de temps (19 %). Ces chiffres traduisent un double enjeu : celui de l’accessibilité des soins et celui de la dé-stigmatisation.

En effet, 72 % des Français estiment que la santé mentale demeure un sujet tabou, et 65 % considèrent que le recours à un professionnel est encore mal perçu socialement. Cette situation freine la détection précoce et accentue les inégalités d’accès à la prise en charge.

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