Christophe Caille « assurance récolte, beaucoup de choses dépendent encore des décrets »

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Christophe Caille, Président adjoint d’agéa en charge du modèle de distribution, agent général Allianz à Mâcon répond à nos questions sur l’assurance récolte.
Gels, inondations, sécheresses à répétition… les députés se sont penchés mercredi 12 janvier sur une refonte de l’assurance récolte, visant à mieux indemniser les agriculteurs face à des calamités climatiques de plus en plus fréquentes, en vue d’une entrée en vigueur au 1er janvier 2023. Qu’en pensez-vous d’un point de vue général ?

La réforme est ambitieuse et, dans l’ensemble, nous sommes en phase avec le texte adopté par l’Assemblée nationale. Je dis dans l’ensemble car beaucoup de points seront traités par ordonnance ou par décret.

agéa est donc là pour rappeler aux parlementaires et au gouvernement l’importance du rôle des agents généraux dans la distribution du futur régime et pour aider ceux qui sont concernés à se l’approprier.

Attention en revanche à ne pas adopter un texte anti-concurrentiel. Je pense à la nouvelle version de l’article 7 du projet loi qui rend obligatoire l’adhésion des assureurs à un groupement pour pouvoir commercialiser le futur produit subventionné (alors que le projet du député Descrozaille laissait une porte ouverte pour tous). Cela nous semble contraire aux règles de la concurrence.

Cette réforme était-elle nécessaire ? Pourquoi ?

Oui elle était nécessaire. Notre monde change et les aléas climatiques seront de plus en récurrents et de plus en graves. L’étude de la FFA fait froid dans le dos : si rien n’est fait, la sinistralité climatique, tous périls confondus (sécheresse, inondations, submersions marines, tempêtes), devrait augmenter de 93 % d’ici à 2050. (cf étude quel serait l’impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050 ?).

En plus, trop peu d’exploitations sont couvertes (18% seulement).

Donc, il était nécessaire de s’adapter. D’autant que ne pas agir pourrait mettre à mal notre souveraineté alimentaire et notre économie.

Etait-il nécessaire d’abaisser le seuil de pertes minimales de la future assurance récolte ?

Pour les petites exploitations, qui forment encore la majorité des exploitations agricoles, c’était même essentiel.

Car qui dit perte d’une partie de la récolte dit perte de revenus. Et plus une exploitation est petite, moins elle peut absorber de pertes.

Baisser le seuil de déclenchement peut donc être une question de survie.

Qu’est-ce qui vous parait le plus important en termes d’impacts pour le secteur de l’assurance récolte ?

Pour l’instant nous avons 2 gros acteurs : Groupama et Pacifica (Groupe Crédit Agricole). Ils représentent 70 % du marché. Et ils n’ont pas de réseau d’agents généraux.

Le gouvernement veut créer un groupement avec adhésion obligatoire pour pouvoir commercialiser le nouveau régime. Or les « petits » acteurs du marché n’en veulent pas.

Aujourd’hui nous avons environ 2 000 agents généraux spécialistes du marché agricole et leurs agences sont sur le terrain en zone rurale et périurbaine. Et ils font plus que de l’assurance récolte : ils assurent le matériel, les bâtiments (assurance dommage, tracteur…) mais aussi l’exploitant et sa famille à titre personnel (assurance habitation, santé, prévoyance…). Cela représente jusqu’à 60 voire 70% du commissionnement de ces agences.

Ce sont des vrais acteurs de proximité dont le portefeuille dépend en grande partie de ce lien. Être exclu de la distribution du produit récolte subventionné leur causera de gros dégâts.

Il y a-t-il, selon vous, encore quelques éléments qui restent à ce stade un peu flou ?

La fusée à 3 étages évoquée par les pouvoirs publics est encore floue puisque les seuils d’intervention n’ont pas encore été arrêtés.

Par ailleurs, le fonctionnement de ce fameux groupement fortement poussé par Groupama est loin d’être établi. L’obligation d’adhésion à celui-ci n’était d’ailleurs pas prévue dans le texte initial, elle l’est aujourd’hui.

Enfin le fonctionnement du CODAR (comité d’orientation et du développement de l’assurance récolte) est également renvoyé à décret.

Aussi, tant que le texte n’aura pas fini de faire la navette, nous agirons auprès des autorités pour clarifier la réforme. Et ensuite influer sur la rédaction des décrets d’application.

Pour les assurés, qu’est-ce que cela va changer ? Et pour les agents généraux ?

Comme je le disais, beaucoup de choses dépendent des décrets. Nous n’avons pas assez de recul pour juger de l’impact sur les assurés. Attention cependant à ne pas créer un cartel. Ce genre de situation se révèle toujours défavorable aux assurés.

Les agents généraux, eux continueront à aller à la rencontre des clients, ce qu’ils ont toujours fait, contre vents et marées. C’est d’ailleurs pour cela que nous pensons que les agents généraux doivent être au cœur de ce nouveau dispositif

Pour conclure ?

La nécessité de réformer le régime précédent, à bout de souffle, est évidente. De nombreuses mesures vont dans le bon sens mais le projet du député Descrozaille a perdu de sa substance : absence d’incitation liée aux subventions de la PAC, groupement obligatoire pour commercialiser l’assurance…

Et de nombreux points seront déterminés par décret. Le système pourra être plus réactif et plus souple mais il sera aussi soumis au bon vouloir des gouvernants successifs.

agéa va donc continuer son action pour assurer aux exploitants de pouvoir choisir l’interlocuteur qui leur convient et qui les connaît.

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